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U-SCIENCES

Des « anges » pour nous réduire les os

Dans le jargon médical, réduire un os c’est traiter une fracture de sorte à ramener l’os à sa position initiale. Nous avons fait un tour au Centre Hospitalier Universitaire Sourou Sanou (CHUSS) de Bobo – Dioulasso pour en savoir plus, avec l’aide du professeur Patrick Dakouré, chirurgien orthopédiste, maître de conférence agrégé en chirurgie orthopédique et chef du service d’orthopédie traumatologie du CHU Sourou Sanou.

Professeur Patrick Dakouré, chirurgien orthopédiste

SCI : Professeur, quel travail fait le chirurgien orthopédiste ?

Pr Dakouré : Un chirurgien orthopédiste est un médecin et sa spécialité chirurgicale, c’est l’orthopédie traumatologique. Cette spécialité s’occupe des maladies de l’appareil locomoteur. Cela se résume aux os, aux articulations, aux muscles, aux tendons et aux nerfs. Et nous nous occupons spécifiquement des problèmes liés aux membres supérieurs et inférieurs, au bassin et à la colonne vertébrale. Nous sommes qualifiés pour  prendre en charge le malade dans ces cas, aussi bien sur le plan médical que sur le plan chirurgical.

SCI: quels sont les exigences du métier ?

Pr : C’est une chirurgie assez lourde dans le sens des contraintes puisque le chirurgien orthopédique s’occupera également de la traumatologie. L’orthopédiste s’occupe également de toutes les maladies non  traumatologiques des appareils locomoteurs. On sait que plus 70% des patients admis aux urgences chirurgicales sont des traumatisés. Et dans ce lot, 50 à 60% sont des traumatisés de l’appareil locomoteur. Donc le chirurgien orthopédiste traumatologue est un chirurgien qui est très sollicité aux urgences.

SCI: Qu’est-ce qu’une fracture ?

Pr : Une fracture est une rupture d’un os. L’os étant un élément qui permet de soutenir le corps humain et de protéger ses organes. Lorsque cet os est rompu dans un endroit donné, la rupture pouvant être complète ou partielle, ça va faire perdre à l’os sa fonction de soutien et de protection. Et dans certaines situations, l’os devient un élément agresseur de l’organisme, parce que les fragments d’os vont blesser les structures anatomiques (la peau, les vaisseaux, les nerfs) qui sont autour de lui.

SCI: Qu’est-ce qu’une fracture ouverte ?

Pr : Une fracture ouverte est une fracture qui est exposée. C’est une fracture au cours de laquelle vous avez une lésion de la peau qui fait que les os sont exposés à l’air libre. Et donc dans ce cadre il y a un risque très important de contamination du foyer de fracture, sans oublier que si la peau est lésée il y a des vaisseaux qui vont saigner. Généralement ce sont des fractures qui sont associées à une hémorragie relativement importante.

SCI: Quelles peuvent être les causes de fractures ?

Pr : Les causes sont multiples. Mais dans la majorité des cas à l’hôpital, les gens viennent pour les accidents, l’accident de la route étant la première cause. Au cours de ces accidents de la route, les motocyclistes et les piétons sont les premières victimes. La deuxième cause regroupe les accidents de la vie courante. Ce sont tous les accidents qui surviennent à la maison. Les chutes à domicile pour les sujets âgés, les chutes du haut d’arbres, les agressions, les bagarres entre plusieurs personnes, et parfois les accidents de sport (sport de loisir).

SCI: A combien s’élève le taux de fractures dues aux accidents de la circulation ?

Pr : Pour la première cause qui est l’accident de la circulation routière, on a autour de 80% des fractures reçues à l’hôpital. Et 85% sont liées aux engins à deux roues.

SCI: Quels sont les différents degrés de gravité d’une fracture ?

Pr : Les gravités peuvent être classées en trois grands groupes : les fractures à très haute gravité qui vont s’associer à des lésions et faire que le membre ne pourra pas être conservé. Ce sont des fractures où très souvent on est obligé d’amputer le membre. Il y a des fractures de gravité moyenne qui vont, si elles sont bien traitées, évoluer favorablement vers la récupération. Mais si le traitement est approximatif il peut y avoir beaucoup de complications qui vont faire que la fonction du membre sera perdue. Enfin il y a des fractures qui sont de gravité très faible parce que même un traitement approximatif permet la consolidation. Il suffit que le membre soit bien immobilisé dès le départ.

SCI: Qu’en est-il du cas des fractures ouvertes ?

Pr : On peut classer les fractures ouvertes dans les fractures de deuxième et de troisième gravité, sachant bien que dans la fracture ouverte il y a plusieurs gravités. Mais dès qu’une fracture est ouverte elle n’est plus de gravité faible. Les patients peuvent venir avec une fracture mais qui cache une autre lésion (abdominale, lésion de la colonne vertébrale…), et ce sont ces lésions qui peuvent engager le pronostic vital. On est obligé de les rechercher systématiquement à chaque fois qu’on a un blessé pour ne pas passer à côté de ces lésions.

SCI: Vous êtes-vous déjà retrouvé dans un cas où la gravité de la fracture à nécessité une évacuation vers une autre structure de santé ?

Pr : En matière de compétence en terme de ressources humaines et de ressources matériels, ce qui est du matériel courant relevant de notre spécialité, je pourrai dire que jamais. Mais on se retrouve régulièrement dans des situations où l’organisation général de l’hôpital fait qu’on est confrontés à des situations où on ne peut pas donner des soins adéquats à un malade, parce qu’il y a des choses qui ne relèvent pas que de notre spécialité. Il y a également d’autres obstacles comme les péripéties qu’on a eues par rapport au manque d’oxygène à l’hôpital. Le problème est quasi régler parce que la fourniture est de plus en plus régulière et des dispositions ont été prises pour que ces ruptures ne se voient plus. Il y a en plus de l’oxygène la rupture de certains consommables et cette rupture concerne tout l’hôpital.

Mais s’il s’agit de l’outillage pour opérer un malade, régler une fracture ; si ce sont les connaissances techniques du personnel médical pour pouvoir gérer une fracture, le service d’orthopédie de Bobo n’a pas de problème dans ce sens. Ce que nous avons comme plateau technique au niveau du service se démarque de tous les autres non seulement du Burkina Faso, mais de la sous-région.

SCI: Quels peuvent être les effets secondaires des fractures ?

Pr : Les effets secondaires peuvent être vus sur trois plans : le premier, c’est ce que  le malade aura comme conséquence par rapport à la fracture ; Une fracture fait mal, il va souffrir. La fracture survient sur un os et l’os à une fonction. Si l’os perd cette fonction-là, le malade est provisoirement handicapé durant la période où l’os n’est pas consolidé. Il y a également d’autres complications comme les lésions des nerfs liées à la fracture elle-même. Un vaisseau, un nerf ou des muscles peuvent être lésés. Et si ces muscles lésés ne bénéficient pas d’un traitement adéquat ou si la lésion ne peut pas être réparée, il y aura des conséquences comme les paralysies.

 Le fait qu’il y ait une fracture surtout des membres inférieur, entraine une immobilisation du malade, et cela donne lieu à des conséquences liées à l’immobilisation elle-même. Le fait de ne pas marcher fait que le sang ne circule pas bien dans l’organisme. On a parfois le sang qui reste créant une extase veineuse et ça peut être à l’origine de caillots de sang qui vont boucher certains vaisseaux. Et ça peut tuer le malade. C’est une des complications les plus graves des fractures des membres inférieurs et nous conseillons aux malades de prendre les médicaments pour éviter cette complication  qui est  l’embolie pulmonaire. Le fait que la personne soit alitée longtemps peut entrainer ces complications, il peut également avoir l’escarre. Il peut aussi y avoir d’autres infections. L’infection peut être liée à la fracture ouverte ou à un tétanos qui est une infection mortelle si rien n’est fait au départ pour lutter contre cela. Le fait d’être alité peut également occasionner les infections urinaires, les infections de la voie respiratoire… Et là, dans le prolongement de l’évolution de la fracture, plusieurs mois après, il y a les modalités de réparation de la fracture qui peuvent se faire sous forme de complication. La fracture peut ne pas consolider dans la position normale ; on parle de cal vicieuse. La fracture peut ne même pas consolider pour diverses raisons, c’est une sur arthrose. Mais là, les articulations qui sont autour de la fracture, du fait qu’elles soient restées immobiles, vont s’enraidir. Ce sont les raideurs articulaires, qui sont des séquelles assez fréquentes. Parfois le malade est guéri, la fracture a consolidé, mais le genou si c’est le cas d’un membre inférieur, peut être sujet de raideur. Dans ce cas il reste handicapé malgré que sa fracture soit guérie. Même pour une fracture banale, le fait que le malade ne prend pas les médicaments pour éviter la thrombose veineuse qui fait que le sang ne circule pas bien, on peut avoir une embolie qui peut le tuer. On peut avoir des effets locaux qui entrainent un handicap temporaire sinon même à vie chez le patient.

Montage2Chez la famille de l’individu, il y a le fait que quelqu’un qui a une fracture, qui ne peut plus marcher tout seul, est obligé de se faire accompagner, de se faire aider par son entourage. Donc un individu se retrouve à immobiliser deux à trois membres de sa famille autour de lui pour ses soins à l’hôpital et aussi à domicile. Du coup il y a une conséquence sur ces personnes qui vont abandonner leur activité professionnelle pour s’en occuper. Et lui-même si c’est un travailleur, il ne pourra plus travailler, ce qui fait un manque à gagner pour la famille.  Et évidemment tout cela a un retentissement sur la société. C’est pourquoi nous disons que les fractures aussi des membres que de la colonne vertébrale, doivent être considérées comme des problèmes de santé publique. Mais on a tendance à oublier qu’une seule fracture de la colonne vertébrale ou des membres peut entrainer des conséquences aussi dramatiques que le paludisme ou le VIH.  Il faut que nous ayons à notre disposition le nécessaire pour soigner correctement les malades, ce qui est possible. Nous avons la compétence, nous avons parfois le minimum, le maximum doit être donné dans le sens d’entretenir le matériel, de financer la prise en charge parce que c’est des soins qui coûtent extrêmement chères et si cela est fait, on peut donner des soins de qualité aux malades pour qu’ils récupèrent plus rapidement.

SCI: Combien de temps en moyenne une fracture prend pour guérir ?

Pr : C’est très variable. Il y a deux facteurs principaux qu’il faut prendre en compte, l’âge et le siège de la fracture. Plus on est jeune, plus on va consolider vite ; et plus on est vieux, moins vite on va consolider parce que le processus de réparation osseuse est ralenti à cause du vieillissement des cellules. Quand on prend les fractures les plus fréquentes chez un adulte jeune, la fracture du fémur consolide en moyenne en quatre mois ; le tibia et le péroné, quatre mois également ; l’humérus (os du bras) va consolider autour de 70 jours ; l’avant-bras, quatre mois. Par contre chez l’enfant, il faut diviser presque par deux ce délai de consolidation. Il prend deux tiers du temps que la fracture chez l’adulte. Chez l’enfant de 10 à 12 ans une fracture du fémur prendra deux mois et demi pour consolider, pareil pour la fracture de jambe. La fracture de l’humérus en 45 jours guéri. Et plus l’enfant est jeune, au bout d’un mois, la majeur partie des fractures consolide. Mais quand on a une fracture ouverte, ça va prendre plus de temps. Parce que les éléments qui permettent à l’os de s’auto réparer, le fait qu’il y ait une plaie fait que ces éléments se déversent dans la nature. Généralement les lésions des fractures ouvertes cicatrisent en trois ou quatre semaines, et plus la lésion cutanée est importante, plus la plaie prend du temps à guérir et il faut parfois faire une opération ou une greffe pour permettre à la peau de cicatriser.

Conseils pratiques

Pour éviter les fractures, il faut éviter les circonstances qui occasionnent les fractures. La plupart sont des accidents de la circulation. Il faut respecter le code de la route. Nous pensons en tant que médecin que mêmes les piétons doivent connaître le code de la route. Et il y a différents moyens de sensibiliser les populations sur le code de la route. Pour les accidents de la vie courante, il faut faire attention, ne pas monter sur les arbres quand on est enceinte, ce n’est pas prudent du tout.

Quand on a une fracture, il faut faire confiance au personnel médical. Dans notre entendement, les fractures ne sont pas les mêmes d’un sujet à un autre. Et on ne peut pas faire le même standard de traitement pour toutes les fractures. C’est vrai que lorsqu’un os est cassé on le voit à travers la radio, mais pour pouvoir interpréter une image radio il faut au préalable avoir fait une formation en médecine. Quand une fracture est ouverte il faut prévenir le tétanos, il faut prévenir certaines infections. Autant il y a d’os dans le corps humain, autant il y a des dizaines de fractures pour chaque os. Et nous avons des traitements spécifiques à chaque fracture.

Propos recueillis par A.B. Nicole OUEDRAOGO

 

 

 

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