La CPI ET CERTAINS DIRIGEANTS POLITIQUES AFRICAINS: C’est « je t’aime moi non plus »

La Haye

La CPI ET CERTAINS DIRIGEANTS POLITIQUES AFRICAINS: 

C’est « je t’aime moi non plus »

La CPI.
La CPI.

La Cour Pénale Internationale (CPI) traverse un profond malaise. Ses rapports avec bon nombre de dirigeants politiques africains sont tendus. Les voies s’élèvent de plus en plus pour pointer du doigt son manque d’indépendance et pire elle est qualifiée d’instrument néocolonial par ses détracteurs. La critique est de plus en plus vive et  en l’espace de quelques semaines trois pays ont annoncé leur retrait du statut de Rôme. Ces Etats vont-ils reconsidérer leur position ou allons-nous assister à un effet domino ? D’une CPI reformée et acceptée de tous ou d’une cour africaine en réponse, il est du devoir des africains que toutes les victimes de crimes les plus graves aient une chance de voir la justice rendue.

C’est dans un climat tendu que s’est tenue, la semaine dernière à la Haye aux Pays- Bas, la 15e assemblée les Etats signataires du Statut de Rôme. Pour cause une certaine opinion africaine et pas les moindres se plaint du manque d’impartialité de la Cour Pénale Internationale et certains politiciens africains voient en elle un instrument néocolonial à la solde de l’occident.

Au départ, cette accusation formulée à l’encontre de l’instance juridique mondiale  avait l’allure de missions commandées, dirigées par les partisans de personnalités épinglées par la CPI ou encore des politiciens toujours aux affaires qui ont eu maille à partir avec ‘’la chose’’ de Fatou BENSOUDA.

Mais aujourd’hui l’idée que la CPI n’est pas crédible et qu’elle ne s’intéresse qu’aux Africains se retrouve dans plusieurs discours, elle  est approuvée même par ceux qui défendent toujours la juridiction internationale. De plus en plus des voies s’élèvent pour exiger des reformes de son statut  notamment en ce qui concerne son article 27 qui stipule qu’il n’y a pas d’immunité pour les dirigeants. Et les positions se sont radicalisées, en l’espace de trois semaines, trois Etats africains ; l’Afrique du Sud, le Burundi et la Gambie ont annoncé leur retrait du Statut de Rôme.

La CPI trop embarrassante pour l’Afrique 

 On ne peut donc pas reprocher aux africains et surtout aux dirigeants politiques d’en vouloir à cette juridiction censée lutter contre l’impunité, prévenir les crises dans le monde  et qui semble ne patrouiller qu’en Afrique. C’est à croire que dans le reste du monde « tout est bien, tout va le mieux qu’il soit possible ». Il suffit de jeter un coup d’œil à ce qui se passe en Syrie, en Afghanistan ou encore en Corée du Nord  pour s’en émouvoir.

Qu’à cela ne tienne, un retrait de l’ensemble des pays africains de cette cour de justice s’apparente à une fuite de responsabilité. La CPI ne remplace pas les juridictions dans nos Etats et celles supranationales créées par l’initiative de regroupement inter-Etats. Les crimes doivent d’abord en priorité être jugés par les juridictions nationales. Malheureusement les conditions ne sont pas réunies pour un système judiciaire fiable à même d’inquiéter les auteurs de crimes qui se trouvent parfois être à la tête des Etats où ces crimes ont été commis.

Recrutements d’enfants soldats, violences sexuelles en masse, assassinats, esclavage, massacres, tortures etc. sont devenus, le plus souvent, des passerelles pour accéder au pouvoir dans ce continent. Aussi, affirmer que la CPI ne cherche qu’à inculper des ressortissants du continent africain n’est pas une critique fondée. La majorité des personnes inculpées par la Cour l’ont été par l’initiative des Etats d’origines de ces mis en cause « dans le plein exercice de leur souveraineté ».

En réalité le « club des chefs d’Etats », ont commencé à broyer du noir lorsque la CPI a décidé de scruter dans leurs affaires. Ainsi de la paire Uhuru Kenyatta et William Ruto du Kenya, c’est le cas Omar El Bechir du Soudan qui a été le plus problématique dans la gestion du malaise qui secoue la CPI et les politiciens africains. Pourtant ce sont les mêmes qui expédiaient sans broncher leurs opposants  devenus un peu plus gênants. Le message semble bien reçu par Fatou BENSOUDA et ses hommes. Au cours de ce 15e sommet l’idée de reformer le Statut de Rôme est ressortie dans plusieurs discours.

Un message à peine voilé, pour que les Etats africains restent, la CPI ne devrait plus enquêter dans les affaires des chefs d’Etats en exercice. D’ailleurs en réponse à la CPI la parade semble trouvée. Le sommet de l’Union africaine (UA) à Malabo en Juillet 2014 a entériné la mise en place d’une Cour africaine de justice et de droit de l’homme qui  tarde à être opérationnelle. Un retrait collectif des pays membres de l’UA à l’étape actuelle serait vu comme une prime à l’impunité, quand on sait qu’en Afrique il suffit de faire allégeance au prince régnant pour être blanchi de tous soupçons.

Aussi cette future cour pénale risque de faire face à d’énormes difficultés surtout la question de son financement. Rien n’est moins sûr qu’après avoir claqué la porte de la CPI les partenaires internationaux, notamment les occidentaux acceptent délier la bourse pour la mise en œuvre d’une cour similaire. Sans un réel engagement des Etats africains, cette cour risque de sombrer à l’état embryonnaire comme d’autres initiatives fort louables prises par nos chefs d’Etats.

 Baowendbuum pour SCI

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